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Nobel de Chimie 2025, l’homme qui fabrique de l’eau avec l’air



Du camp de réfugiés en Jordanie au Nobel de Chimie — cet enfant sans eau courante a inventé la machine qui en fabrique depuis l’air du désert.

Il y a des destins qui ressemblent à des romans. Omar Yaghi est l’un d’eux. Né dans une maison sans robinet, il a passé sa vie à rêver d’eau. Et finalement, il a trouvé comment en faire sortir de l’air lui-même.

L’enfance sans eau courante

1965. Amman, Jordanie. Dans une petite pièce partagée avec ses neuf frères et sœurs — et parfois le bétail de la famille —, un garçon grandit. Son père n’a fait que six années d’école. Sa mère est analphabète. Il n’y a ni électricité, ni eau au robinet dans la maison. Chaque goutte se mérite, s’attend, se partage.

Ce garçon, c’est Omar Yaghi. Fils de réfugiés palestiniens ayant fui la guerre de 1948, il confiera des décennies plus tard à la Fondation Nobel : « Il fallait réfléchir à chaque goutte d’eau, car elle était vraiment précieuse. » Une phrase qui, sans le savoir encore, allait dessiner toute une vie.

J’en suis tombé amoureux avant même de savoir qu’il s’agissait de molécules.Omar Yaghi, en découvrant les structures moléculaires à l’âge de 10 ans

Le voyage vers l’Amérique

1965 Naissance à Amman, Jordanie, dans une famille de réfugiés palestiniens

1980 Départ pour les États-Unis à 15 ans. Études dans un community college, petits boulots pour survivre

1990 Doctorat en chimie à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Post-doc à Harvard

1999–2006 Professeur à l’Université du Michigan. Premiers travaux sur les MOFs

2012 Rejoint l’Université de Californie à Berkeley. Fonde le Berkeley Global Science Institute

2021 Premier Prix VinFuture — « Scientifiques recherchant de nouveaux domaines »

Octobre 2025 Prix Nobel de Chimie, avec Susumu Kitagawa et Richard Robson, pour le développement des MOFs

Le Nobel qui couronne tout

Le 8 octobre 2025, le comité Nobel frappe fort. Yaghi, aux côtés du Japonais Susumu Kitagawa et du Britannique Richard Robson, reçoit le Prix Nobel de Chimie pour le développement d’une forme entièrement nouvelle d’architecture moléculaire : les réseaux métallo-organiques, ou MOFs.

Ces structures cristallines ultra-poreuses, conçues à l’échelle atomique, combinent des ions métalliques et des molécules organiques pour former des architectures aux propriétés inédites : capturer le CO₂, stocker des gaz, filtrer des polluants… Mais pour Yaghi, le Graal reste l’eau.

La science est la plus grande force au service de l’égalité des chances. Les gens intelligents sont partout dans le monde.Omar Yaghi, à la Fondation Nobel, octobre 2025

Et c’est là que l’histoire devient vraiment dingue. Yaghi, le fils du camp de réfugiés jordanien, a fondé une société — Atoco — et développé une machine capable d’extraire jusqu’à 1 000 litres d’eau potable par jour directement depuis l’air ambiant. Même dans des déserts où l’humidité descend sous 20 %. Sans électricité du réseau. Sans infrastructure lourde. Juste avec le soleil.

Les MOFs : éponges à molécules

Le coût de production se situe entre 0,10 et 0,12 € le litre — soit environ trois fois moins cher que l’eau en bouteille. Et l’atmosphère terrestre, rappelle Yaghi, contient jusqu’à six fois plus d’eau que l’ensemble des rivières et ruisseaux de la planète. Le réservoir est là, au-dessus de nos têtes. Il fallait juste savoir l’ouvrir.

1 000 L d’eau potable par jour par machine

20 % d’humidité minimum requis — même en désert aride

0,11 € coût moyen au litre produit

Les applications sont vertigineuses : îles après un ouragan, camps de réfugiés (l’ironie de l’histoire n’a pas échappé aux observateurs), villages sans infrastructure, zones arides en crise climatique. Partout où l’eau manque et où le ciel, lui, ne manque jamais d’humidité.

Omar Yaghi n’a pas inventé une machine. Il a écrit la suite de sa propre histoire. Celle d’un enfant qui attendait les camions-citernes dans la poussière et qui, soixante ans plus tard, a appris à boire le ciel. C’est ça, la science. C’est ça, la foudre brûlante d’un talent qui ne lâche rien.

Nobel 2025 Chimie


« La science est la plus grande force au service de l’égalité des chances. Les gens intelligents sont partout dans le monde»

Omar Yaghi


From a refugee camp in Jordan to the Nobel Prize in Chemistry — this child without running water invented the machine that now produces it from desert air.

Science
• Innovation
• Inspiration

There are lives that read like novels. Omar Yaghi’s is one of them. Born in a home without a tap, he spent his childhood dreaming of water. And eventually, he figured out how to extract it directly from the air itself.


A childhood without running water

That boy is Omar Yaghi. The son of Palestinian refugees who fled the 1948 war, he would later tell the Nobel Foundation: “We had to think about every drop of water, because it was truly precious.” A sentence that, unknowingly, shaped his entire life.

“I fell in love before I even knew they were molecules.”
— Omar Yaghi, discovering molecular structures at age 10

At ten years old, he sneaks into his school library — normally locked — and randomly picks a book from the shelf. He opens it. Unintelligible yet fascinating images appear: structures, geometries, molecules, though he does not yet know the word. The spark is immediate, silent, and powerful.


The journey to America

1965 Born in Amman, Jordan, into a Palestinian refugee family
1980 Moves to the United States at 15. Studies at a community college, works survival jobs
1990 PhD in Chemistry at the University of Illinois Urbana-Champaign. Postdoc at Harvard
1999–2006 Professor at the University of Michigan. Early work on MOFs
2012 Joins the University of California, Berkeley. Founds the Berkeley Global Science Institute
2021 First VinFuture Prize — “Scientists exploring new frontiers”
October 2025 Nobel Prize in Chemistry, shared with Susumu Kitagawa and Richard Robson, for the development of MOFs


The Nobel that crowns everything

These ultra-porous crystalline structures, designed at the atomic scale, combine metal ions and organic molecules into architectures with extraordinary properties: capturing CO₂, storing gases, filtering pollutants… But for Yaghi, the ultimate goal remains water.

“Science is the greatest force in the service of equal opportunity. Intelligent people are everywhere in the world.”
— Omar Yaghi, Nobel Foundation, October 2025


The machine that drinks the sky


How it works — science made simple

MOFs: molecular sponges

A few grams can unfold a surface area equivalent to a football field. They capture invisible water vapor in the air.

Night-time absorption

Even at night, when temperatures drop, MOFs continue absorbing atmospheric moisture.

Solar release

A few rays of sunlight are enough to release the trapped moisture, which condenses into liquid water ready to drink.

Off-grid operation

Unlike traditional energy-intensive systems, this technology works autonomously.


Key figures

1,000 L
of drinking water per day per machine

€0.11
average production cost per liter


Applications

Omar Yaghi did not invent a machine. He wrote the continuation of his own story. A child who once waited for water tankers in the dust, and who, sixty years later, learned how to drink the sky.

That is science. That is the burning lightning of a talent that never gives up.

«Science is the greatest force in the service of equal opportunity. Intelligent people are everywhere in the world. »

Omar Yaghi


Omar Yaghi, el hombre que bebe el cielo



Este niño sin agua corriente inventó la máquina que ahora la produce a partir del aire del desierto.

Ciencia
• Innovación
• Inspiración

Hay vidas que parecen novelas. La de Omar Yaghi es una de ellas. Nacido en una casa sin grifo, pasó su infancia soñando con el agua. Y finalmente, descubrió cómo extraerla directamente del aire.


Una infancia sin agua corriente

Ese niño es Omar Yaghi. Hijo de refugiados palestinos que huyeron de la guerra de 1948, años más tarde diría a la Fundación Nobel: “Tenías que pensar en cada gota de agua, porque era realmente valiosa.” Una frase que, sin saberlo entonces, marcaría toda su vida.

“Me enamoré antes incluso de saber que eran moléculas.”
— Omar Yaghi, al descubrir las estructuras moleculares a los 10 años


El viaje hacia América

1965 : Nace en Amán, Jordania, en una familia de refugiados palestinos
1980 : Llega a Estados Unidos con 15 años. Estudia en un community college y realiza trabajos para sobrevivir
1990 : Doctorado en Química en la Universidad de Illinois Urbana-Champaign. Postdoctorado en Harvard
1999: 2006 : Profesor en la Universidad de Michigan. Primeros trabajos sobre los MOFs
2012 : Se une a la Universidad de California, Berkeley. Funda el Berkeley Global Science Institute
2021 : Primer Premio VinFuture — “Científicos que exploran nuevos horizontes”
Octubre de 2025 : Premio Nobel de Química, junto a Susumu Kitagawa y Richard Robson, por el desarrollo de los MOFs


El Nobel que lo consagra

El 8 de octubre de 2025, el Comité Nobel anuncia una decisión importante. Yaghi, junto al japonés Susumu Kitagawa y el químico británico Richard Robson, recibe el Premio Nobel de Química por el desarrollo de una nueva forma de arquitectura molecular: los marcos metal-orgánicos, o MOFs.

Estas estructuras cristalinas ultraporosas, diseñadas a escala atómica, combinan iones metálicos y moléculas orgánicas para formar arquitecturas con propiedades extraordinarias: capturar CO₂, almacenar gases, filtrar contaminantes… Pero para Yaghi, el objetivo final sigue siendo el agua.

“La ciencia es la mayor fuerza al servicio de la igualdad de oportunidades. Las personas inteligentes están en todas partes del mundo.”
— Omar Yaghi, Fundación Nobel, octubre de 2025


La máquina que bebe el cielo

Y aquí la historia se vuelve casi increíble. Yaghi, el niño del campo de refugiados en Jordania, fundó una empresa —Atoco— y desarrolló una máquina capaz de extraer hasta 1.000 litros de agua potable al día directamente del aire ambiente. Incluso en desiertos donde la humedad baja del 20%. Sin electricidad de la red. Sin infraestructura pesada. Solo con la luz del sol.


Cómo funciona — ciencia en sencillo

MOFs: esponjas moleculares

Unos pocos gramos pueden desplegar una superficie equivalente a un campo de fútbol. Capturan el vapor de agua invisible en el aire.

Absorción nocturna

Incluso de noche, cuando las temperaturas bajan, los MOFs siguen absorbiendo humedad atmosférica.

Liberación solar

Algunos rayos de sol son suficientes para liberar la humedad atrapada, que se condensa en agua líquida lista para beber.

Funcionamiento autónomo

A diferencia de los sistemas tradicionales de alto consumo energético, esta tecnología funciona de manera independiente.


Cifras clave

1.000 L
de agua potable al día por máquina

0,11 €
coste medio de producción por litro


Aplicaciones

« La ciencia es la mayor fuerza al servicio de la igualdad de oportunidades. Las personas inteligentes están en todas partes del mundo. »

Omar Yaghi

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