JEAN DUPAS, LE GRAND ART DÉCO À BORDEAUX
Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts, jusqu’au 29 novembre 2026

Des femmes immenses aux silhouettes allongées, des perruches, des dieux grecs, des paquebots, des affiches pour le métro de Londres. Tout ça, c’est Jean Dupas, un Bordelais qui a été l’une des grandes signatures de l’Art déco avant de tomber dans un oubli injuste. Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux lui offre enfin sa toute première rétrospective, « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco ». Il reste un peu plus de trois semaines pour la voir : elle ferme le dimanche 29 novembre.
Un enfant de Bordeaux qui a pris la lumière
Jean Dupas naît à Bordeaux en 1882 et meurt en 1964. Entre les deux, il aura été peintre, dessinateur, affichiste, décorateur. Un touche-à-tout, mais un touche-à-tout qui travaille avec une précision d’horloger. Il commence par l’École des Beaux-Arts de Bordeaux, puis monte à Paris pour entrer à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts.
En 1910, il décroche le Prix de Rome, la récompense suprême pour un jeune peintre de l’époque. Le gars n’a pas encore trente ans et il a déjà le tampon officiel du talent. Mais le vrai tournant arrive quinze ans plus tard, dans un Paris qui veut tourner la page de la guerre et danser sur autre chose.
Ce qui frappe chez Dupas, c’est un style qu’on reconnaît au premier coup d’œil. Des corps étirés, presque sculptés, des visages calmes, des drapés qui tombent au millimètre, des couleurs nettes. C’est élégant, un peu froid, un peu irréel. Comme un rêve très bien rangé. C’est exactement ce que les années folles avaient envie de voir.
1925 : les Perruches qui font tourner les têtes

1925, Paris accueille l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. C’est l’événement qui donnera son nom à tout un mouvement : l’Art déco. Les pavillons poussent le long de la Seine, autour du pont Alexandre III et sur l’esplanade des Invalides, et le monde entier vient voir ce que la France sait faire en matière de beau.
Le grand décorateur Émile-Jacques Ruhlmann monte son « Hôtel du Collectionneur », une sorte d’appartement idéal où chaque meuble, chaque tapis, chaque objet est pensé comme une œuvre. Pour la pièce centrale, il commande une grande toile à Jean Dupas. Ce sera Les Perruches.
Le tableau devient le point de mire de la pièce, et sans doute l’œuvre la plus célèbre de Dupas. Des femmes, des oiseaux, une composition à la fois savante et décorative. Les spécialistes en débattent encore : ces silhouettes représentent-elles des passions, des allégories ? Peu importe. Ce jour-là, Dupas passe de peintre reconnu à star internationale.
L’exposition bordelaise s’appuie justement sur le centenaire de 1925 pour raconter cette histoire. Elle couvre la carrière de Dupas jusqu’aux années 1940, avec un focus sur l’âge d’or des années 1920 et 1930.
Du métro de Londres au paquebot Normandie

Après 1925, tout le monde veut du Dupas. Entre 1930 et 1933, le métro de Londres lui commande des affiches. Il en signe plusieurs, avec des titres qui sonnent comme des invitations au week-end : There’s a transport of joy at the zoo, Regatta-time’s pleasant, Establish a picnic. Le London Transport Museum les conserve toujours dans ses collections.
Et puis il y a le Normandie. Le paquebot français, lancé à Saint-Nazaire, part pour son voyage inaugural le 29 mai 1935. C’est le navire le plus luxueux de son temps, une vitrine flottante du savoir-faire français. Pour le Grand Salon des premières classes, Dupas dessine d’immenses décors en verre peint et doré, réalisés par le maître verrier Jacques-Charles Champigneulle. Le thème : l’histoire de la navigation.
La technique s’appelle le verre églomisé. On peint et on dore à l’envers, derrière la vitre, puis on assemble des dizaines de panneaux comme une gigantesque mosaïque. Le résultat brille comme un bijou. Imagine-toi en 1935, une coupe à la main, au milieu de ces chars de dieux marins qui scintillent sous les lustres.
L’histoire finit mal pour le navire. Resté à quai à New York pendant la guerre, il prend feu en février 1942 et chavire. Heureusement, les panneaux de Dupas avaient été démontés et stockés avant. Le plus grand ensemble qui a survécu, le Char de Poséidon, est aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York. Pas mal pour un gamin de Bordeaux.
Le grand Art déco bordelais, et toute la bande
Le « & Co. » du titre n’est pas là pour faire joli. L’exposition met aussi en lumière les grands artistes bordelais de l’Art déco et le cercle de Dupas. On y croise par exemple Jean Despujols, né à Salles en Gironde en 1886 et mort à Shreveport, aux États-Unis, en 1965. Parmi les noms cités autour de Dupas, il y a aussi le sculpteur Alfred Janniot, le peintre Robert Pougheon, Pierre-Henri Ducos de la Haille, Pierre-Albert Bégaud, Raphaël Delorme, André Caverne, le laqueur Jean Dunand, le céramiste René Buthaud, et même la compositrice Lili Boulanger.
Côté objets, c’est un vrai festival : peintures, dessins, sculptures, céramiques, panneaux de laque et de verre, affiches, magazines publicitaires. On ne regarde pas seulement des tableaux, on se balade dans tout un univers, celui d’une époque qui voulait mettre du beau partout, du salon au paquebot en passant par la réclame.
L’exposition est portée par le musée des Beaux-Arts de Bordeaux (MusBA), avec Sophie Barthélémy, directrice du musée, comme commissaire générale, Margaux Wymbs comme commissaire scientifique et Louis Deltour comme commissaire associé. Un catalogue (35 €) et un album (9 €) sont publiés aux éditions Sans Égal.
Dupas dans la ville : la Gloire de Bordeaux

Ce qui rend cette rétrospective encore plus savoureuse, c’est que Dupas a laissé sa marque dans les rues de sa ville. À la Bourse du travail, voulue par le maire Adrien Marquet et dessinée par l’architecte de la ville Jacques D’Welles, il peint en 1937 La Gloire de Bordeaux, le grand décor de l’abside de la salle des conférences. Dehors, la façade porte un bas-relief d’Alfred Janniot. Le bâtiment est classé monument historique depuis 1998.
Le même Dupas signe aussi l’affiche du pavillon des vins de Bordeaux à l’Exposition internationale de 1937, à Paris. Le Bordelais n’a jamais vraiment quitté sa ville, même quand il travaillait pour Londres ou New York.
Pour prolonger la visite, les Archives de Bordeaux Métropole proposent une petite exposition gratuite, « Sur les traces de Jean Dupas », jusqu’au 27 novembre. Elle revient sur les grands moments de la carrière du peintre et le replace dans son contexte régional. Et ce jeudi 5 novembre à 12h15, l’historien de l’art François-Rémy Roqueton donne à la Galerie des Beaux-Arts une conférence consacrée justement à La Gloire de Bordeaux. Le programme du musée prévoit aussi des visites commentées, des ateliers en famille et d’autres rendez-vous autour de l’expo, à vérifier sur le site du MusBA.
Pourquoi il faut y aller (vite)
Parce que c’est la toute première rétrospective consacrée à Jean Dupas, et qu’on ne sait pas quand une autre aura lieu. Parce que c’est l’occasion de découvrir qu’un des noms les plus chics de l’Art déco mondial venait d’ici, de Bordeaux. Et parce que ces silhouettes immenses et ces couleurs nettes, on les comprend vraiment en vrai, à taille réelle, pas sur un écran de téléphone.
La Galerie des Beaux-Arts se trouve place du Colonel-Raynal, à environ 200 mètres du musée lui-même. Il te reste jusqu’au dimanche 29 novembre. Après, les perruches s’envolent.
Petit conseil entre fans : fais d’une pierre deux coups. Commence par la Galerie, file voir les collections permanentes du musée juste à côté, puis termine par un détour aux Archives de Bordeaux Métropole. Tu auras vu en une journée comment un Bordelais a habillé les années folles, de Paris à New York.
Jean Dupas & Co. Le grand Art déco — Galerie des Beaux-Arts, place du Colonel-Raynal, Bordeaux — jusqu’au dimanche 29 novembre 2026 — 11h-18h, fermé le mardi et les jours fériés — 8 € (réduit 4,50 €), gratuit pour les moins de 18 ans — tarifs et horaires à confirmer sur musba-bordeaux.fr
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There’s a transport of joy at the zoo
JEAN DUPAS — affiche pour le métro de Londres (1933)
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JEAN DUPAS, THE GREAT ART DECO — Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts, until November 29, 2026
Towering women with elongated silhouettes, parakeets, Greek gods, ocean liners, posters for the London Underground. That is Jean Dupas, a Bordeaux native who was one of the great names of Art Deco before slipping into an unfair oblivion. The Musée des Beaux-Arts de Bordeaux is finally giving him his very first retrospective, « Jean Dupas & Co. Le grand Art déco ». You have a little over three weeks left: it closes on Sunday, November 29.
A Bordeaux kid who stepped into the light
Jean Dupas was born in Bordeaux in 1882 and died in 1964. In between, he was a painter, draughtsman, poster artist and decorator. A jack of all trades, but one who worked with the precision of a watchmaker. He started at the École des Beaux-Arts in Bordeaux, then moved to Paris to join the École nationale supérieure des Beaux-Arts.
In 1910 he won the Prix de Rome, the highest honour a young painter could get at the time. He was not even thirty and already had the official stamp of talent. But the real turning point came fifteen years later, in a Paris that wanted to leave the war behind and dance to a new tune.
What strikes you about Dupas is a style you recognise at first glance. Stretched, almost sculpted bodies, calm faces, drapery falling just so, clean colours. It is elegant, a little cool, a little unreal. Like a very tidy dream. Exactly what the Roaring Twenties wanted to see.
1925: the Parakeets that turned heads

In 1925, Paris hosted the International Exhibition of Modern Decorative and Industrial Arts. This is the event that gave a whole movement its name: Art Deco. Pavilions sprang up along the Seine, around the Pont Alexandre III and on the Esplanade des Invalides, and the whole world came to see what France could do with beauty.
The great designer Émile-Jacques Ruhlmann built his « Hôtel du Collectionneur », a kind of ideal home where every piece of furniture, every rug, every object was conceived as a work of art. For the central room, he commissioned a large canvas from Jean Dupas. It would be Les Perruches (The Parakeets).
The painting became the focal point of the room, and probably Dupas’s most famous work. Women, birds, a composition both learned and decorative. Experts still debate it: do these figures stand for passions, for allegories? It doesn’t matter. That year, Dupas went from respected painter to international star.
The Bordeaux exhibition uses the centenary of 1925 to tell this story. It covers Dupas’s career up to the 1940s, focusing on the golden age of the 1920s and 1930s.
From the London Underground to the Normandie

After 1925, everyone wanted a Dupas. Between 1930 and 1933, the London Underground commissioned posters from him. He designed several, with titles that sound like weekend invitations: There’s a transport of joy at the zoo, Regatta-time’s pleasant, Establish a picnic. The London Transport Museum still holds them in its collection.
And then there is the Normandie. The French liner, launched at Saint-Nazaire, left on her maiden voyage on May 29, 1935. She was the most luxurious ship of her day, a floating showcase of French craftsmanship. For the first-class Grand Salon, Dupas designed huge painted and gilded glass murals, made by master glassmaker Jacques-Charles Champigneulle. The theme: the history of navigation.
The technique is called verre églomisé. You paint and gild in reverse, on the back of the glass, then assemble dozens of panels like a giant mosaic. The result shines like jewellery. Picture yourself in 1935, glass in hand, surrounded by sea gods’ chariots glittering under the chandeliers.
The ship’s story ended badly. Stuck at her New York pier during the war, she caught fire in February 1942 and capsized. Luckily, Dupas’s panels had been removed and stored beforehand. The largest surviving ensemble, the Chariot of Poseidon, is now at the Metropolitan Museum of Art in New York. Not bad for a kid from Bordeaux.
Bordeaux’s great Art Deco, and the whole gang
The « & Co. » in the title is not just for show. The exhibition also highlights the major Bordeaux artists of Art Deco and Dupas’s circle. You will meet, for example, Jean Despujols, born in Salles, Gironde, in 1886, who died in Shreveport, in the United States, in 1965. Among the names around Dupas are also sculptor Alfred Janniot, painter Robert Pougheon, Pierre-Henri Ducos de la Haille, Pierre-Albert Bégaud, Raphaël Delorme, André Caverne, lacquer master Jean Dunand, ceramicist René Buthaud, and even composer Lili Boulanger.
On the object side, it is a real feast: paintings, drawings, sculptures, ceramics, lacquer and glass panels, posters, advertising magazines. You are not just looking at pictures, you are walking through a whole universe, that of an era that wanted beauty everywhere, from the living room to the ocean liner to the advert.
The exhibition is organised by the Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (MusBA), with museum director Sophie Barthélémy as general curator, Margaux Wymbs as scientific curator and Louis Deltour as associate curator. A catalogue (€35) and an album (€9) are published by Éditions Sans Égal.
Dupas in his city: the Glory of Bordeaux

What makes this retrospective even tastier is that Dupas left his mark on the streets of his hometown. At the Bourse du travail, commissioned by mayor Adrien Marquet and designed by city architect Jacques D’Welles, he painted La Gloire de Bordeaux (The Glory of Bordeaux) in 1937, the great decoration of the apse of the conference hall. Outside, the façade carries a bas-relief by Alfred Janniot. The building has been a listed historic monument since 1998.
Dupas also designed the poster for the Bordeaux wine pavilion at the 1937 International Exhibition in Paris. He never really left his city, even when he was working for London or New York.
To go further, the Archives de Bordeaux Métropole host a small free exhibition, « Sur les traces de Jean Dupas » (On the trail of Jean Dupas), until November 27. It looks back at the key moments of his career and places him in his regional context. And this Thursday, November 5, at 12:15, art historian François-Rémy Roqueton gives a talk at the Galerie des Beaux-Arts devoted to La Gloire de Bordeaux. The museum’s programme also includes guided tours, family workshops and other events around the show: check the MusBA website.
Why you should go (soon)
Because this is the very first retrospective devoted to Jean Dupas, and nobody knows when there will be another. Because it is a chance to discover that one of the chicest names in world Art Deco came from right here, from Bordeaux. And because those towering figures and clean colours only really make sense in person, at full size, not on a phone screen.
The Galerie des Beaux-Arts is on Place du Colonel-Raynal, about 200 metres from the museum itself. You have until Sunday, November 29. After that, the parakeets fly away.
A tip between fans: make a day of it. Start with the Galerie, head over to the museum’s permanent collection right next door, then finish with a detour to the Archives de Bordeaux Métropole. In one day, you will have seen how a man from Bordeaux dressed up the Roaring Twenties, from Paris all the way to New York. And if you are visiting from abroad, this is a rare chance to see a forgotten master of Art Deco in the city that made him.
Jean Dupas & Co. Le grand Art déco — Galerie des Beaux-Arts, place du Colonel-Raynal, Bordeaux — until Sunday, November 29, 2026 — 11am-6pm, closed Tuesdays and public holidays — €8 (reduced €4.50), free for under-18s — check prices and hours on musba-bordeaux.fr
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There’s a transport of joy at the zoo
JEAN DUPAS — London Underground poster (1933)

JEAN DUPAS, EL GRAN ART DÉCO — Burdeos, Galerie des Beaux-Arts, hasta el 29 de noviembre de 2026
Mujeres inmensas de siluetas alargadas, periquitos, dioses griegos, transatlánticos, carteles para el metro de Londres. Todo eso es Jean Dupas, un bordelés que fue una de las grandes firmas del Art déco antes de caer en un olvido injusto. El Museo de Bellas Artes de Burdeos le dedica por fin su primera retrospectiva, «Jean Dupas & Co. Le grand Art déco». Quedan algo más de tres semanas para verla: cierra el domingo 29 de noviembre.
Un chaval de Burdeos que salió a la luz
Jean Dupas nace en Burdeos en 1882 y muere en 1964. Entre medias, fue pintor, dibujante, cartelista y decorador. Un todoterreno, pero un todoterreno que trabajaba con precisión de relojero. Empieza en la Escuela de Bellas Artes de Burdeos y luego se va a París para entrar en la École nationale supérieure des Beaux-Arts.
En 1910 gana el Premio de Roma, la máxima recompensa para un joven pintor de la época. Aún no tiene treinta años y ya lleva el sello oficial del talento. Pero el verdadero giro llega quince años después, en un París que quiere pasar página de la guerra y bailar otra música.
Lo que llama la atención en Dupas es un estilo que se reconoce a primera vista. Cuerpos estirados, casi esculpidos, rostros tranquilos, telas que caen al milímetro, colores limpios. Es elegante, algo frío, algo irreal. Como un sueño muy ordenado. Justo lo que los locos años veinte querían ver.
1925: los Periquitos que hicieron girar cabezas

En 1925, París acoge la Exposición Internacional de Artes Decorativas e Industriales Modernas. Es el acontecimiento que dará nombre a todo un movimiento: el Art déco. Los pabellones brotan a orillas del Sena, alrededor del puente Alejandro III y en la explanada de los Inválidos, y el mundo entero viene a ver lo que Francia sabe hacer con la belleza.
El gran decorador Émile-Jacques Ruhlmann monta su «Hôtel du Collectionneur», una especie de casa ideal donde cada mueble, cada alfombra, cada objeto está pensado como una obra de arte. Para la sala central encarga un gran lienzo a Jean Dupas. Será Les Perruches (Los periquitos).
El cuadro se convierte en el centro de todas las miradas de la sala, y sin duda en la obra más famosa de Dupas. Mujeres, pájaros, una composición a la vez culta y decorativa. Los especialistas aún debaten: ¿representan esas figuras pasiones, alegorías? Da igual. Ese año, Dupas pasa de pintor reconocido a estrella internacional.
La exposición de Burdeos se apoya precisamente en el centenario de 1925 para contar esta historia. Recorre la carrera de Dupas hasta los años cuarenta, con especial atención a la edad de oro de los años veinte y treinta.
Del metro de Londres al transatlántico Normandie

Después de 1925, todo el mundo quiere un Dupas. Entre 1930 y 1933, el metro de Londres le encarga carteles. Firma varios, con títulos que suenan a invitación de fin de semana: There’s a transport of joy at the zoo, Regatta-time’s pleasant, Establish a picnic. El London Transport Museum los conserva todavía en sus colecciones.
Y luego está el Normandie. El transatlántico francés, botado en Saint-Nazaire, zarpa en su viaje inaugural el 29 de mayo de 1935. Es el barco más lujoso de su tiempo, un escaparate flotante del saber hacer francés. Para el Gran Salón de primera clase, Dupas diseña enormes decorados de vidrio pintado y dorado, realizados por el maestro vidriero Jacques-Charles Champigneulle. El tema: la historia de la navegación.
La técnica se llama vidrio églomisé. Se pinta y se dora al revés, por detrás del cristal, y luego se ensamblan decenas de paneles como un mosaico gigante. El resultado brilla como una joya. Imagínate en 1935, copa en mano, rodeado de carros de dioses marinos que centellean bajo las lámparas.
La historia del barco acaba mal. Amarrado en Nueva York durante la guerra, se incendia en febrero de 1942 y zozobra. Por suerte, los paneles de Dupas se habían desmontado y guardado antes. El mayor conjunto que se conserva, el Carro de Poseidón, está hoy en el Metropolitan Museum de Nueva York. Nada mal para un chaval de Burdeos.
El gran Art déco bordelés, y toda la pandilla
El «& Co.» del título no está de adorno. La exposición también pone en valor a los grandes artistas bordeleses del Art déco y al círculo de Dupas. Por ejemplo, Jean Despujols, nacido en Salles, en la Gironda, en 1886, y fallecido en Shreveport, Estados Unidos, en 1965. Entre los nombres que rodean a Dupas figuran también el escultor Alfred Janniot, el pintor Robert Pougheon, Pierre-Henri Ducos de la Haille, Pierre-Albert Bégaud, Raphaël Delorme, André Caverne, el maestro lacador Jean Dunand, el ceramista René Buthaud e incluso la compositora Lili Boulanger.
En cuanto a las piezas, es un auténtico festival: pinturas, dibujos, esculturas, cerámicas, paneles de laca y de vidrio, carteles, revistas publicitarias. No solo se miran cuadros, se pasea por todo un universo, el de una época que quería poner belleza en todas partes, del salón al transatlántico pasando por la publicidad.
La exposición la organiza el Museo de Bellas Artes de Burdeos (MusBA), con su directora Sophie Barthélémy como comisaria general, Margaux Wymbs como comisaria científica y Louis Deltour como comisario asociado. Un catálogo (35 €) y un álbum (9 €) se publican en Éditions Sans Égal.
Dupas en su ciudad: la Gloria de Burdeos

Lo que hace esta retrospectiva aún más sabrosa es que Dupas dejó su huella en las calles de su ciudad. En la Bourse du travail, impulsada por el alcalde Adrien Marquet y diseñada por el arquitecto municipal Jacques D’Welles, pinta en 1937 La Gloire de Bordeaux (La Gloria de Burdeos), la gran decoración del ábside de la sala de conferencias. En el exterior, la fachada luce un bajorrelieve de Alfred Janniot. El edificio es monumento histórico desde 1998.
Dupas firma también el cartel del pabellón de los vinos de Burdeos en la Exposición Internacional de 1937, en París. Nunca dejó del todo su ciudad, ni siquiera cuando trabajaba para Londres o Nueva York.
Para seguir la visita, los Archivos de Bordeaux Métropole proponen una pequeña exposición gratuita, «Sur les traces de Jean Dupas» (Tras las huellas de Jean Dupas), hasta el 27 de noviembre. Repasa los grandes momentos de su carrera y lo sitúa en su contexto regional. Y este jueves 5 de noviembre a las 12:15, el historiador del arte François-Rémy Roqueton da en la Galerie des Beaux-Arts una conferencia dedicada precisamente a La Gloire de Bordeaux. El programa del museo incluye además visitas guiadas, talleres en familia y otras citas en torno a la muestra: consultad la web del MusBA.
Por qué hay que ir (pronto)
Porque es la primera retrospectiva dedicada a Jean Dupas, y nadie sabe cuándo habrá otra. Porque es la ocasión de descubrir que uno de los nombres más elegantes del Art déco mundial venía de aquí, de Burdeos. Y porque esas figuras inmensas y esos colores limpios solo se entienden de verdad en persona, a tamaño real, no en la pantalla de un móvil.
La Galerie des Beaux-Arts está en la plaza del Colonel-Raynal, a unos 200 metros del propio museo. Tienes hasta el domingo 29 de noviembre. Después, los periquitos echan a volar.
Un consejo entre fans: aprovecha el día. Empieza por la Galerie, pásate por las colecciones permanentes del museo justo al lado y termina con un desvío por los Archivos de Bordeaux Métropole. En una sola jornada habrás visto cómo un bordelés vistió los locos años veinte, de París a Nueva York.
Jean Dupas & Co. Le grand Art déco — Galerie des Beaux-Arts, place du Colonel-Raynal, Burdeos — hasta el domingo 29 de noviembre de 2026 — 11h-18h, cerrado los martes y festivos — 8 € (reducida 4,50 €), gratis para menores de 18 años — comprobad precios y horarios en musba-bordeaux.fr
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There’s a transport of joy at the zoo
JEAN DUPAS — cartel para el metro de Londres (1933)



