
Mont-de-Marsan, 21 août 1976

Bien avant que Londres ne devienne l’épicentre médiatique du mouvement punk, c’est dans une ville de garnison du sud-ouest de la France que s’est écrit un chapitre fondateur de l’histoire du rock. Le 21 août 1976, Mont-de-Marsan, préfecture des Landes connue pour ses corridas et sa base militaire, accueillait le tout premier festival estampillé « punk » en Europe — un mois avant le mythique festival du 100 Club londonien.
Une initiative audacieuse née dans les Landes
L’idée de ce festival revient principalement à Marc Zermati, fondateur du label indépendant Skydog Records et figure incontournable du rock français underground. Décédé en 2020, Zermati reste unanimement reconnu comme le moteur de cette aventure improbable. Il s’entoure pour l’occasion d’une poignée de passionnés : Pierre Thiollay, Larry Debay, et surtout André-Marc Dubos, Montois de 25 ans à l’époque, ainsi qu’Alain Lahana, Michel Ponge et Philip Pelegry.
Le choix des arènes du Plumaçon comme lieu de concert n’allait pas de soi. Le préfet et le maire de l’époque redoutaient des débordements. Pourtant, contre leur avis, le festival s’est tenu de midi jusqu’à trois heures du matin.
Une programmation éclectique dominée par The Damned
La première édition rassembla entre 600 et 1 500 personnes selon les sources — une affluence modeste, mais suffisante pour marquer les esprits. Sur les quinze groupes programmés, The Damned était la seule formation véritablement punk. Le reste de l’affiche mêlait pub rock britannique et rock français :
- Eddie and the Hot Rods
- Pink Fairies
- Little Bob Story
- Bijou
- Brinsley Schwarz
- Tyla Gang
- Ducks Deluxe
- Kursaal Flyers
- Roogalator
- The Gorillas
- Railroad
- Kalfon Roc Chaud
- Passion Force
- Il Barritz
Les Sex Pistols, déjà sollicités, refusèrent de participer : ils ne voulaient pas partager l’affiche avec Eddie and the Hot Rods. Détail devenu légendaire : Ian Curtis, futur chanteur de Joy Division, fit le déplacement depuis Manchester avec sa femme Deborah pour assister au festival.
Les groupes anglais avaient fait le voyage en bus, un périple qui occasionna quelques frictions entre musiciens.
L’édition de 1977 : la consécration
Fort du succès de la première édition, le festival revint les 5 et 6 août 1977, cette fois sur deux jours. L’affiche prenait une tout autre dimension avec la présence de véritables têtes d’affiche du punk britannique :
Premier jour :
- Strychnine (groupe bordelais)
- Lou’s (girl group parisien signé chez Skydog)
- 1984
- Asphalt Jungle
- Maniacs
- The Police
- The Damned
- The Boys
- The Clash
- Rings

Deuxième jour :
- Brakaman
- Shakin’ Street
- Marie et les Garçons
- Tyla Gang
- Little Bob Story
- Bijou
- Eddie and the Hot Rods
- Dr. Feelgood (sans Wilko Johnson)

The Jam et Electric Callas, pourtant annoncés, ne purent finalement pas jouer. Un enregistrement pirate du concert de The Clash circule encore aujourd’hui parmi les collectionneurs.
Cette deuxième édition attira environ 4 000 spectateurs. Les gradins des arènes voyaient les festivaliers se balancer des bières sur ceux installés dans la fosse — sans débordements majeurs toutefois. Le réalisateur Jean-François Roux immortalisa l’événement dans un documentaire intitulé Hot Cuts From Mont-de-Marsan.
Anecdote savoureuse : The Clash exigeait d’être payé en liquide avant de monter sur scène et réclamait un hôtel de standing pour dormir.
Le lendemain du festival, un concert de Lou Reed — sans lien avec l’organisation — se tenait dans les mêmes arènes, prolongeant la fête pour les irréductibles restés sur place.

Le choc des cultures dans une ville de garnison
Mont-de-Marsan en 1976, c’était une ville de parachutistes et de bases militaires, rythmée par les corridas estivales. Le rock’n’roll n’y avait jamais eu droit de cité.
Pierre Dauriac, alors âgé de 14 ans (futur batteur des Clanks et membre de l’association Doctor Boogie), se souvient avoir fait le mur pour assister au festival : « Avoir ce festival à Mont-de-Marsan, c’était assez dingue. À l’époque, c’était une ville de garnison : il y avait des parachutistes, l’armée de l’air. Et des corridas l’été. Mais le rock’n’roll jamais, jamais, jamais ! »
Il décrit une révélation : « En 1976, j’ai pris la claque de ma vie. On sortait d’une génération de groupes super-produits américains. Là, on retrouvait l’authenticité du rock’n’roll. Les mecs arrivaient, ils balançaient leurs morceaux. Ça plaît, ça plaît pas : ils n’en avaient rien à foutre. C’était sans concession. »
Les vacanciers en quête de tranquillité côtoyaient ces jeunes aux cheveux orange, piercings au visage, épingles à nourrice et tee-shirts troués, venus de toute la France mais aussi d’Espagne, d’Allemagne, de Hollande, de Suisse et d’Angleterre. Un télescopage culturel qui ne passa pas inaperçu.
Sept années d’interdiction
Après l’édition de 1977, les autorités locales mirent un coup d’arrêt au festival. Il fallut attendre l’élection d’un nouveau maire, Philippe Labeyrie, en 1983, pour que l’événement renaisse. Le festival connut finalement cinq éditions entre 1976 et 1986, avec cette longue interruption de sept ans.
En 1978, les organisateurs tentèrent de délocaliser l’événement à La Rochelle, mais l’esprit originel s’était déjà dispersé.
Un héritage durable
Le festival punk de Mont-de-Marsan reste une fierté locale et un jalon essentiel dans l’histoire du rock français. Il a démontré qu’un mouvement musical pouvait émerger et s’affirmer loin des capitales culturelles établies, porté par une poignée de passionnés convaincus.
Alain Gardinier, gardien autoproclamé du temple rock, a consacré un ouvrage à cet événement : Punk sur la ville (Éditions Atlantica), compilant témoignages et archives de ces journées fondatrices.
Près de cinquante ans plus tard, Mont-de-Marsan peut revendiquer un titre que personne ne lui contestera : avoir été, le temps d’un week-end d’août, la capitale européenne du punk.
« Et bien, vous savez, je me fous de ce que pense le grand public. »
SID VICIOUS

First European Punk music Festival
Mont-de-Marsan, 21 août 1976

Long before London became the media epicenter of the punk movement, a foundational chapter in rock history was written in a garrison town in southwestern France. On August 21, 1976, Mont-de-Marsan — the prefecture of the Landes region, known for its bullfights and military base — hosted the very first festival officially labeled “punk” in Europe, a full month before the legendary 100 Club Punk Special in London.
A Bold Initiative Born in the Landes
The idea for the festival largely came from Marc Zermati, founder of the independent label Skydog Records and a key figure in the French underground rock scene. Zermati, who passed away in 2020, is widely recognized as the driving force behind this unlikely adventure. For the event, he gathered a small group of enthusiasts: Pierre Thiollay, Larry Debay, and especially André‑Marc Dubos, a 25-year-old local at the time, along with Alain Lahana, Michel Ponge and Philip Pelegry.
Choosing the Arènes du Plumaçon as the concert venue was far from obvious. The local prefect and mayor feared potential disturbances. Yet despite their concerns, the festival went ahead — running from noon until three in the morning.
An Eclectic Line-up Dominated by The Damned
The first edition attracted between 600 and 1,500 people depending on the sources — a modest turnout, but enough to make an impression. Of the fifteen bands on the bill, The Damned was the only truly punk act. The rest of the lineup blended British pub rock with French rock:
- Eddie and the Hot Rods
- Pink Fairies
- Little Bob Story
- Bijou
- Brinsley Schwarz
- Tyla Gang
- Ducks Deluxe
- Kursaal Flyers
- Roogalator
- The Gorillas
- Railroad
- Kalfon Roc Chaud
- Passion Force
- Il Barritz
Sex Pistols, who had already been approached, refused to take part — they did not want to share the bill with Eddie and the Hot Rods.
A detail that later became legendary: Ian Curtis, the future singer of Joy Division, traveled from Manchester with his wife Deborah Curtis to attend the festival.
The British bands had traveled by bus, a long journey that reportedly caused a few frictions among the musicians.
The 1977 Edition: The Festival’s Breakthrough
Following the success of the first edition, the festival returned on August 5 and 6, 1977 — this time over two days. The lineup reached a new level with major British punk headliners.
Day One
- Strychnine (Bordeaux band)
- Lou’s (Paris girl group signed to Skydog)
- 1984
- Asphalt Jungle
- Maniacs
- The Police
- The Damned
- The Boys
- The Clash
- Rings
Day Two
- Brakaman
- Shakin’ Street
- Marie et les Garçons
- Tyla Gang
- Little Bob Story
- Bijou
- Eddie and the Hot Rods
- Dr. Feelgood (without Wilko Johnson)
The Jam and Electric Callas, though announced, ultimately could not perform. A bootleg recording of The Clash concert still circulates today among collectors.
This second edition drew around 4,000 spectators. In the arena stands, festival-goers reportedly tossed beers at those standing in the pit below — though without major incidents. Filmmaker Jean‑François Roux documented the event in the film Hot Cuts From Mont-de-Marsan.
A memorable anecdote: The Clash insisted on being paid in cash before taking the stage and demanded a high-end hotel for the night.
The day after the festival, a concert by Lou Reed — unrelated to the organizers — took place in the same arena, extending the celebration for the die-hard fans who remained.
A Cultural Clash in a Garrison Town
In 1976, Mont-de-Marsan was a town of paratroopers and air-force bases, its rhythm defined by summer bullfights. Rock’n’roll had never truly found a place there.
Pierre Dauriac, who was just 14 at the time (later drummer of The Clanks and a member of the association Doctor Boogie), remembers sneaking out to attend the festival:
“Having this festival in Mont-de-Marsan was pretty crazy. Back then it was a garrison town — paratroopers, the air force… and bullfights in the summer. But rock’n’roll? Never, never, never!”
He describes it as a revelation:
“In 1976, I experienced the biggest shock of my life. We were coming out of a generation of super-produced American bands. Suddenly we rediscovered the authenticity of rock’n’roll. The guys would just come on stage and blast their songs. Whether people liked it or not — they didn’t care. It was uncompromising.”
Holidaymakers seeking peace and quiet suddenly found themselves side by side with young punks sporting orange hair, facial piercings, safety pins, and torn T-shirts. They came from all over France but also from Spain, Germany, Netherlands, Switzerland and the United Kingdom — a cultural collision that did not go unnoticed.
Seven Years of Silence
After the 1977 edition, local authorities shut the festival down. It was not until the election of a new mayor, Philippe Labeyrie, in 1983 that the event could return.
In total, the festival ultimately had five editions between 1976 and 1986, including that seven-year interruption.
In 1978, the organizers attempted to relocate the festival to La Rochelle, but the original spirit had already begun to disperse.
A Lasting Legacy
The Mont-de-Marsan punk festival remains a point of local pride and an essential milestone in the history of French rock. It proved that a musical movement could emerge and assert itself far from established cultural capitals, driven by a handful of passionate believers.
Alain Gardinier, self-proclaimed guardian of the rock temple, dedicated a book to the event — Punk sur la ville (Atlantica Editions) — compiling testimonies and archives from those formative days.
Nearly fifty years later, Mont-de-Marsan can still claim a title no one will dispute: for one weekend in August, it was the European capital of punk. 🎸

SID VICOUS
“Well, you know, I don’t give a damn about what the general public thinks.”

El primer Punk Musica Festival de Europa
Mont-de-Marsan, 21 août 1976

Mucho antes de que London se convirtiera en el epicentro mediático del movimiento punk, fue en una ciudad de guarnición del suroeste de France donde se escribió un capítulo fundador de la historia del rock. El 21 de agosto de 1976, Mont-de-Marsan — prefectura de las Landas conocida por sus corridas de toros y su base militar — acogió el primer festival oficialmente etiquetado como “punk” en Europa, un mes antes del mítico 100 Club Punk Special en Londres.
Una iniciativa audaz nacida en Las Landas
La idea del festival fue principalmente de Marc Zermati, fundador del sello independiente Skydog Records y figura clave del rock underground francés. Fallecido en 2020, Zermati sigue siendo reconocido unánimemente como el motor de esta aventura improbable. Para la ocasión se rodeó de un pequeño grupo de apasionados: Pierre Thiollay, Larry Debay y sobre todo André-Marc Dubos, vecino de Mont-de-Marsan que tenía 25 años en aquel momento, junto con Alain Lahana, Michel Ponge y Philip Pelegry.
La elección de las Arènes du Plumaçon como lugar del concierto no era evidente. El prefecto y el alcalde de la época temían posibles disturbios. Sin embargo, a pesar de sus reservas, el festival se celebró desde el mediodía hasta las tres de la madrugada.
Un cartel ecléctico dominado por The Damned
La primera edición reunió entre 600 y 1.500 personas según las fuentes — una asistencia modesta, pero suficiente para dejar huella. De los quince grupos programados, The Damned era la única banda verdaderamente punk. El resto del cartel mezclaba pub rock británico y rock francés:
- Eddie and the Hot Rods
- Pink Fairies
- Little Bob Story
- Bijou
- Brinsley Schwarz
- Tyla Gang
- Ducks Deluxe
- Kursaal Flyers
- Roogalator
- The Gorillas
- Railroad
- Kalfon Roc Chaud
- Passion Force
- Il Barritz
Los Sex Pistols, que ya habían sido contactados, rechazaron participar: no querían compartir cartel con Eddie and the Hot Rods.
Un detalle que se volvió legendario: Ian Curtis, futuro cantante de Joy Division, viajó desde Manchester con su esposa Deborah Curtis para asistir al festival.
Las bandas inglesas habían hecho el viaje en autobús, un trayecto que provocó algunas tensiones entre los músicos.
La edición de 1977: la consagración
Tras el éxito de la primera edición, el festival volvió los días 5 y 6 de agosto de 1977, esta vez durante dos jornadas. El cartel adquirió otra dimensión con la presencia de importantes nombres del punk británico.
Primer día
- Strychnine (grupo de Burdeos)
- Lou’s (girl group parisino firmado por Skydog)
- 1984
- Asphalt Jungle
- Maniacs
- The Police
- The Damned
- The Boys
- The Clash
- Rings


Segundo día
- Brakaman
- Shakin’ Street
- Marie et les Garçons
- Tyla Gang
- Little Bob Story
- Bijou
- Eddie and the Hot Rods
- Dr. Feelgood (sin Wilko Johnson)
The Jam y Electric Callas, aunque anunciados, finalmente no pudieron tocar. Una grabación pirata del concierto de The Clash todavía circula hoy entre los coleccionistas.
Esta segunda edición reunió a unos 4.000 espectadores. En las gradas de la plaza, los asistentes se lanzaban cervezas a quienes estaban en la pista — aunque sin incidentes graves. El cineasta Jean-François Roux inmortalizó el evento en un documental titulado Hot Cuts From Mont-de-Marsan.
Una anécdota memorable: The Clash exigía ser pagado en efectivo antes de subir al escenario y pedía un hotel de alto nivel para pasar la noche.
Al día siguiente del festival, un concierto de Lou Reed — sin relación con la organización — tuvo lugar en las mismas arenas, prolongando la fiesta para los fans más resistentes.
Choque de culturas en una ciudad de guarnición
En 1976, Mont-de-Marsan era una ciudad de paracaidistas y bases militares, marcada por el ritmo de las corridas de toros estivales. El rock and roll prácticamente no tenía presencia allí.
Pierre Dauriac, que entonces tenía 14 años (futuro baterista de The Clanks y miembro de la asociación Doctor Boogie), recuerda haber escapado de casa para asistir al festival:
“Tener este festival en Mont-de-Marsan era algo bastante loco. En aquella época era una ciudad de guarnición: había paracaidistas, la fuerza aérea… y corridas de toros en verano. Pero ¿rock and roll? ¡Nunca, nunca, nunca!”
Describe la experiencia como una revelación:
“En 1976 recibí el mayor impacto de mi vida. Veníamos de una generación de grupos estadounidenses súper producidos. De repente volvimos a encontrar la autenticidad del rock and roll. Los tipos subían al escenario y lanzaban sus canciones. Si gustaba, bien; si no, les daba igual. Era totalmente sin concesiones.”
Los veraneantes que buscaban tranquilidad se encontraron con jóvenes de pelo naranja, piercings en la cara, imperdibles y camisetas rotas, llegados de toda Francia pero también de Spain, Germany, Netherlands, Switzerland y del United Kingdom — un choque cultural que no pasó desapercibido.
Siete años de interrupción
Tras la edición de 1977, las autoridades locales pusieron fin al festival. Hubo que esperar a la elección de un nuevo alcalde, Philippe Labeyrie, en 1983, para que el evento renaciera.
Finalmente, el festival tuvo cinco ediciones entre 1976 y 1986, con una larga interrupción de siete años.
En 1978, los organizadores intentaron trasladar el evento a La Rochelle, pero el espíritu original ya se había dispersado.
Un legado duradero
El festival punk de Mont-de-Marsan sigue siendo un motivo de orgullo local y un hito esencial en la historia del rock francés. Demostró que un movimiento musical podía surgir y afirmarse lejos de las capitales culturales tradicionales, impulsado por un puñado de apasionados.
Alain Gardinier, autoproclamado guardián del templo del rock, dedicó un libro a este acontecimiento — Punk sur la ville (Ediciones Atlantica) — que reúne testimonios y archivos de aquellos días fundadores.
Casi cincuenta años después, Mont-de-Marsan puede reivindicar un título que nadie le discutirá: haber sido, durante un fin de semana de agosto, la capital europea del punk.

SID VICIOUS
« Bueno, ya sabes, me importa un carajo lo que piense el gran público. »




